Richard Le Hir

Richard Le Hir, avocat et conseiller en gestion, ex ministre délégué à la Restructuration dans le gouvernement du Québec (1994-95)

Il nous dit pourquoi il pense que le développement du Plan Nord et le nouvel accord de libre-échange avec l’Europe, sont faits sur mesure, pour avantager Power Corporation.

Écoutez Richard Le Hir à Dutrizac, 98,5 FM

Si vous suivez l’actualité assidûment, vous vous souviendrez de cet épisode l’an dernier où Hydro-Québec avait fait une offre au gouvernement du Nouveau-Brunswick pour se porter acquéreur d’énergie Nouveau-Brunswick, son pendant dans cette province. Éventuellement, cette transaction avait avorté, étant devenu clair que les citoyens du Nouveau-Brunswick ne voulaient pas en entendre parler.

À l’époque, j’avais été surpris par l’annonce des intentions d’Hydro-Québec, car je ne voyais pas du tout à quelle logique d’affaires une telle transaction pouvait correspondre pour elle. J’avais fini par en conclure que cette transaction n’était au fond qu’un subterfuge pour faire en sorte que le contrôle sur Hydro-Québec échappe au Gouvernement du Québec et tombe entre les mains du gouvernement fédéral du seul fait qu’elle aurait alors eu des activités interprovinciales, ce qui aurait considérablement réduit l’intérêt pour le Québec d’en conserver la propriété et aurait constitué une ouverture vers sa privatisation éventuelle.

En cherchant ensuite qui pouvait bien avoir intérêt à une telle chose, j’en étais rapidement arrivé à la conclusion qu’il n’y avait que Power Corp. et accessoirement SNC-Lavalin qui pouvaient en bénéficier, comme je l’ai alors écrit dans une série d’articles parus sur Vigile dont voici les références :

http://www.vigile.net/Les-Grandes-m…
http://www.vigile.net/Be-Wary-of-Quebec
http://www.vigile.net/Gare-a-l-arna…
http://www.vigile.net/Un-pretexte-f…
http://www.vigile.net/Gare-a-l-arna…
http://www.vigile.net/Le-chat-sort-…
http://www.vigile.net/Power-Corp-Hy…

Plus j’avançais dans mes recherches, plus je découvrais tout l’écheveau d’influences que Power avait tissé au fil des années au Québec et en Europe, et plus je mesurais tout le pouvoir et l’emprise qu’elle avait fini par avoir sur notre vie, non sans risques d’ailleurs pour elle-même comme je le soulignais dans cet article paru en septembre 2010.

Lorsque les développements sur l’Île d’Anticosti ont commencé à être connus, j’ai immédiatement fait le lien avec les découvertes que j’avais faites dans le dossier Hydro-Québec/Énergie NB, et de nouvelles recherches m’ont permis de relever encore une fois les traces de Power dans les deux articles suivants : http://www.vigile.net/Anticosti-les-traces-de-Power-Corp http://www.vigile.net/Les-grandes-manoeuvres-de-Total-et.

Au cours de l’été qui vient de s’achever, l’observation de la situation économique et financière, et notamment de la déroute qu’allait connaître l’industrie des services financiers, allait me permettre de comprendre que Power et désormais la famille Desmarais étaient en plein réalignement stratégique pour réduire leur degré d’exposition, et donc la vulnérabilité de leur fortune, à ce secteur. Je partageai mes conclusions avec les lecteurs de Vigile dans les articles suivants :

http://www.vigile.net/L-appetit-vorace-de-l-oncle-Paulhttp://www.vigile.net/Quand-les-hypotheses-d-un-jour .

Au cours des dernières semaines, les annonces faites dans le dossier du Plan Nord ont permis de faire ressortir encore une fois les intérêts de Power, et les derniers développements dans le dossier Anticosti ont fait de même.

Mais voilà qu’une nouvelle pièce s’ajoute maintenant au dossier, et c’est la perspective d’une entente prochaine sur le libre-échange Canada-Europe. Or comme nous le découvrons aujourd’hui, une telle entente est loin de servir les meilleurs intérêts du Québec.

En fait, avec cette entente, nous nous retrouvons devant le même schéma que celui devant lequel nous étions avec la prise de contrôle d’Énergie NB. L’entente Canada-Québec étant une entente internationale, c’est le gouvernement fédéral qui se trouverait à acquérir un pouvoir de contrôle sur les richesses naturelles du Québec et celui-ci n’aurait plus voix au chapitre. À partir de là, le pillage systématique commence.

Mais ce que je trouve vraiment fascinant, c’est de retrouver deux anciens premiers ministres du Québec aux commandes pour organiser le pillage de nos ressources, Lucien Bouchard pour ce qui est du pétrole et du gaz, et Pierre-Marc Johnson pour ce qui est des ressources minérales.

Au fait, saviez-vous que Pierre-Marc Johnson avait été invité par un ancien président de Power Corp, Maurice Strong, à devenir l’un de ses conseillers spéciaux du temps où ce dernier était secrétaire-général associé des Nations-Unies ?

Saviez-vous que le même Maurice Strong avait dû quitter ses fonctions à l’ONU en 2005 après la publication du rapport sur le scandale « pétrole contre nourriture » ?

« The inquiry into the UN’s scandal-ridden oil-for-food program has found that Canadian businessman Maurice Strong accepted a personal cheque for nearly $1-million US from a controversial businessman who was working closely with the Iraqi regime. »

Saviez-vous que Total, la pétrolière favorite de l’Oncle Paul, son PDG Christophe de Margerie, et l’ancien ministre français de l’intérieur Charles Pasqua (dont, en passant, l’épouse est québécoise, Jeanne Joly), sont poursuivis en justice en France pour des « … malversations dans le cadre du programme « Pétrole contre nourriture ». Ce dispositif, mis en place par l’ONU entre 1996 et 2002, a permis au régime de Saddam Hussein, alors soumis à un embargo du Conseil de sécurité, de vendre son or noir en échange de denrées alimentaires et de médicaments. », comme le rapporte Le Figaro du 2 août dernier ?

Et lisez-bien ceci, toujours extrait du même article :

« Pasqua accusé de corruption et de trafic d’influence

La justice soupçonne les dirigeants de Total d’avoir mis en place un système de commissions occultes afin de bénéficier de marchés pétroliers et d’avoir contourné l’embargo en achetant des barils de pétrole irakien via des sociétés écrans. La société est ainsi poursuivie pour corruption d’agents publics étrangers, recel de trafic d’influence et complicité de trafic d’influence. Son PDG actuel, Christophe de Margerie, est renvoyé pour complicité d’abus de biens sociaux. « Nous sommes confiants dans l’issue du procès et sur le fait qu’il sera établi que Total ne peut se voir reprocher les faits cités », a réagi le groupe pétrolier.

Les autres personnalités françaises impliquées auraient touché leurs commissions sous forme d’allocations de barils de pétrole. Deux anciens diplomates de haut-rang seront ainsi traduits pour corruption : Jean-Bernard Mérimée, ambassadeur de France à l’ONU de 1991 à 1995, et Serge Boidevaix, ancien secrétaire général du Quai d’Orsay. Charles Pasqua devra lui se défendre des accusations de corruption et de trafic d’influence pour des faits commis entre 1996 et 2002.

« C’est tout à fait une surprise, et une mauvaise surprise » a immédiatement commenté sur France Info son avocat, Me Léon-Lef Forster. Ce dernier s’est étonné que le juge, qui a repris en 2010 une enquête ouverte en 2002, ait pris sa décision sans même avoir « pris la peine d’interroger (son) client ». Il dit toutefois n’avoir « aucune inquiétude » quant à l’issue du procès. »

Ouf ! Vous admettrez avec moi que ça fait beaucoup de coïncidences. Et dire que ce Maurice Strong fut aussi le mentor de Paul Martin !

La question qui reste à nous poser, comme Québécois, est la suivante : souhaitons-nous nous laisser déposséder de nos ressources naturelles par ces gens-là ?

S’il vous reste encore un brin d’appétit, consultez le lien suivant, sous toutes réserves : http://www.abeldanger.net/2011/05/canadas-power-corporation-canadas_08.html